Exposition Inter-ARTS, seconde phase Centre des arts et loisirs Alain-Larue, Notre-Dame-des-Prairies 16 janvier au 22 février 2025
Résultat d’un processus à rebours, Variations rassemble des bardeaux de cèdre recyclés comme ceux utilisés dans le projet Haute lisse présenté à l’Ile des Moulins à l’été 2024.
Exposition Centre socioculturel Gérard-Ouellet. Saint-Jean-Port-Joli. 4 octobre au 6 novembre 2024
Collectif Carolina Romero Alvarado Margarita Maria Milagros Barbara Vergara Taffur Carolina Méndez Téllez « Canela » Michèle Lorrain
Ce Laboratoire (LAB) est né en 2021 comme un espace de rencontre virtuel – en période postpandémique – pour un groupe de femmes liées par l’amitié et partageant une appréciation pour l’art en général, les arts textiles et la création artisanale.
Le LAB est composé de cinq femmes, quatre colombiennes et une canadienne. Chacune d’entre nous vient de professions et de milieux différents; nous ne sommes pas toutes des artistes au sens strict du terme. Cependant, nous possédons toutes des compétences créatives et transformatrices qui alimentent les processus d’expression sans remettre en question la dimension esthétique de ce que nous faisons.
Le terme « laboratoire » a été délibérément choisi, car chaque œuvre est le résultat d’une exploration et d’une introspection profondes liées à la figure maternelle et à la lignée ancestrale. Au-delà de l’expérimentation d’idées, de matériaux, de formes, de techniques, nous nous autorisons à faire des erreurs, c’est-à-dire à essayer, créer, démonter, reconstruire, repenser, retravailler et recommencer. Ce qui, parallèlement à la vie, implique de refaire, de pardonner, de réviser, de dialoguer, de faire le deuil, de guérir et de lâcher prise.
En ce sens, l’objectif fondamental du LAB est de découvrir les diverses manières dont les femmes ont utilisé les activités manuelles pour garder leurs souvenirs, gérer la douleur, surmonter les pertes et rêver d’un avenir meilleur. Ces créations ne sont pas le résultat d’un processus de formation académique mais celui d’un processus d’apprentissage. Elles sont la manifestation de l’initiative personnelle de ces femmes, influencée par les enseignements transmis dans leur famille ou acquis dans leur environnement. Chaque œuvre produite est porteuse d’une histoire personnelle ou sociale. Dans ce contexte, ce n’est pas tant la technique de production qui importe que la raison ou le motif qui inspire chacune des œuvres.
D’un point de vue scientifique, l’acte de fabriquer des objets artisanaux amène les gens à porter leur attention sur leur état intérieur, ce qui correspond à un sens différent des cinq sens conventionnels. Selon les neurosciences, ce sens intérieur est lié aux émotions et envoie des signaux au cerveau, qui est l’organe qui reçoit les impressions produites par les cinq autres sens à travers les images, les sons, les odeurs, les goûts et les perceptions tactiles. C’est dans ce contexte que des phrases telles que : « Lorsque vous bougez vos mains, c’est comme si vous bougiez votre âme de manière créative » prennent tout leur sens (Bernabé, s.f. IG: @profuciahelenagalvao).
L’exposition des œuvres produites dans le cadre du LAB Colombie-Québec offre une fenêtre unique pour apprécier ces créations qui dépassent les simples travaux manuels pour devenir d’authentiques expressions de l’expérience humaine.
Inter-ARTS Parcours d’œuvres d’art public éphémères à l’Ile des Moulins 4 juillet – 2 septembre 2024 en collaboration avec Culture Lanaudière et le centre d’artistes Rond-Point Commissaire : Chadi Ayoub
« Avec ce projet, les artistes sont invités à questionner le rôle des œuvres d’art public dans un contexte d’intégration et d’adaptation, en considérant le symposium de sculpture Circuit Art et Nature réalisé en 1978 sur l’île des Moulins. Inter-ARTS est une rencontre entre artistes, entre œuvres, mais surtout une rencontre entre le riche héritage culturel de l’Île des Moulins et le présent. »
En 1978, le Symposium de sculpture de Terrebonne rassemblait sept sculptures réalisées par sept sculpteurs. Deux autres sculptures s’ajoutaient en 1995, dont Point de départ de Catherine Widgery. Neuf sculptures, une sculpteure. Ce bref inventaire explique peut-être le titre de l’œuvre de Widgery !
En 2024, une diversité de genre et culturelle contribue à élargir le champ des possibles (équité, inclusion, imaginaires) au contact des œuvres disséminées dans la sphère publique. La question de l’urgence climatique et les manières de repenser le monde alimentent les débats au quotidien. Ces préoccupations étaient peut-être moins ancrées dans les années 1970. Cependant, avec sa sculpture en acier corten, on a dit de l’œuvre Nous trois, du sculpteur Jacques Huet, qu’elle prolonge l’idée de Terre et de Nature pour y inclure le noyau social et familial. Par ailleurs, la pratique de l’artiste sera sans cesse traversée par l’utilisation du bois et l’image de l’arbre, symbolisant la résistance, l’élévation et l’élan vital.[1]
Entouré de nature, le projet Haute lisse résonne à travers le panorama que nous livre l’Ile-des-Moulins. L’œuvre que je présente sous la forme d’un triptyque, aux motifs contrastés et parfois si usés qu’on dirait de la dentelle, rend hommage au travail des femmes et à la pratique des arts domestiques et textiles. J’ai monté Haute lisse comme un chemin de table ou une catalogne, en tissant une trame horizontale avec des bardeaux de cèdre recyclés. La vie des formes et les imaginaires qu’elle développe, entre linge de maison et architecture vernaculaire, rencontrent ici la sphère intime de Nous trois et sa manière sensorielle d’habiter le territoire.
[1] Seleanu, A. (2002). Jacques Huet. L’unité homme nature. Vie des Arts, 46(186), 76–78.
sculpture/installation
Biennale de sculpture de Saint-Jean-Port-Joli
2021
Cette année, la Biennale de sculpture de Saint-Jean-Port-Joli s’est associée à la Maison des métiers d’art du Québec et a invité 5 duos d’artistes sous la thématique Sculpture + Textile. L’évènement rend hommage à Émélie Chamard, tisserande de Saint-Jean-Port-Joli et pionnière de l’art textile au Québec.
Pour ce projet, j’ai travaillé en compagnie de Barbara Todd.
Nos œuvres se sont jumelées tout naturellement.
J’ai utilisé des bardeaux de cèdre recyclés en provenance d’une maison et d’une grange en ruine. Ceux de la vieille grange sont tellement usés qu’on dirait de la dentelle.
La séquence des trois pans reprend le motif du napperon ou celui de la catalogne mais on pourrait aussi y voir une indication des marées.
De son côté, Barbara compose un jardin comme une cosmogonie exotique.
Le tissage est à l’avenant entre le fleuve et nos deux propositions.
À l’occasion de l’édition 2021, les galeries supérieures de l’église Saint-Joseph de Deschambault accueillaient les œuvres Pérégrinations et Tracer les lieux de Mylène Boisvert, réalisées en 2020. Les deux œuvres représentaient la BILP lors de la Biennale Contextile, au Portugal, en 2020.
Pérégrinations se déplace dans la belle église patrimoniale de Deschambault après s’être arrêté à Guimarães en 2020. Pour m’adapter à l’espace d’exposition, j’ai diminué le nombre de pièces présentées lors de l’événement Contextile et je me suis concentrée sur la tente et la grande bâche verte. Chaque lieu appelle une nouvelle configuration de l’œuvre. À l’intérieur de la tente, j’ai disposé une «forêt» de tricotins en lin et cotolin. Au sol, un miroir réfléchit l’ensemble des fibres et donne une impression de hauteur en écho avec le lieu.
Le texte qui suit exprime bien le sens que je donne à la présence de la tente faite de toile naturelle :
[…] la tente apparaît comme une toile qui se gonfle dans le vent : le mur de toile, c’est-à-dire l’opposé du mur de pierre, ce qui se gonfle au vent contre ce qui se brise au vent. […] Sitôt que l’on passe du mur de pierre au mur de toile, tout semble tendre à devenir plus immatériel.
[…] toujours la toile de tente est un mur de vent. […] La tente, on y entre, on y accumule de l’expérience et cette expérience se ramifie et se disperse à travers la paroi de toile. Comme l’indique le mot lui-même (latin tela, de verbe texere, tisser), la toile est un réseau, en l’occurrence un tissu, et sur ce réseau sont traitées des expériences; c’est un textile ouvert à toutes les expériences (ouvert au vent, à l’esprit) et qui les stocke.
[…] La toile de tente qui se gonfle au vent collecte l’expérience, la traite et l’émet, et c’est à elle que la tente doit d’être un nid créatif. Vilém Flusser, Petite philosophie du design
Guimarães en Québec Une résidence d’artistes en temps de pandémie Production BILP-Contextile 2020 https://vimeo.com/454534339
Inês Jorge (2022) So Far and Yet So Near: The Artistic Residencies of Contextile Biennale Amidst a Pandemic, The Journal of Modern Craft, 15:2, 181-197 https://doi.org/10.1080/17496772.2022.2098586 Voir pp. 10 – 12
Les couleurs de mon pays_tisser le dehors HD vidéo 00:05:57 2021 6e Grande rencontre des arts médiatiques en Gaspésie coproduit par Les Percéides, festival de cinéma et d’arts de Percé 2-5 septembre 2021
Résidence de recherche et d’exploration 2020-2021 Programme d’échange entre Rad’art (IT) et La Chambre blanche (QC) Projet adapté au contexte de la COVID-19
Dans le texte qui suit, je m’adresse aux artistes italiens:
C’est le monde à l’envers. Chacun en permanence chez soi. Je m’exerce à l’espace et au temps qui m’entourent. Pour témoigner de ma relation au territoire, j’ai fabriqué un nuancier du paysage matériel. C’est le fil tendu qui me relie à vous.
1
Comme je l’aurais fait en Italie, j’ai beaucoup marché autour de chez moi, en forêt, dans les champs et en bordure du fleuve. Au cours de cette période de retrait et d’introspection, j’ai rassemblé une quinzaine d’objets issus de mon environnement immédiat et je les ai dessinés à l’aquarelle.
Les objets trouvés forment une empreinte originale dans le paysage qui m’entoure. Chacun a sa propre couleur que j’ai relevée dans un nuancier qui regroupe quinze couleurs.
Les objets et les couleurs qui les identifient forment en tout quinze diptyques. J’appelle cette série le nuancier du paysage matériel parce qu’il se réfère au territoire que j’habite et aux objets qui en font partie.
2
Pour me permettre de partager avec vous mon projet, j’ai fabriqué un second nuancier, identique au premier, que je vous ai fait parvenir. Il se compose des mêmes couleurs.
À partir de ce nuancier, je vous invite maintenant à recueillir et à partager le souvenir d’un événement, d’une personne, d’un lieu, d’un objet ou d’une impression que vous évoque l’une ou l’autre de ces couleurs.
Je vous propose de construire le nuancier du paysage immatériel puisqu’il regroupera des objets ou des impressions issus de votre mémoire et de vos souvenirs.
En cliquant sur le nuancier, vous aurez accès aux détails du processus, incluant la réponse des artistes italiens et la mise en commun de notre travail respectif :
LIEUX DE MÉMOIRE_PÉRÉGRINATIONS
CONTEXTILE 2020
Convento de Santo Antonio dos Capuchos, Guimarães, Portugal
en collaboration avec la Biennale internationale du lin de Portneuf
Crédits photos 3, 4, 5, 6 : Antonio Cruz
C’est d’abord l’idée du chemin. Puis ça devient un espace de rencontres imaginé.
J’aurai pris des détours et traverser les doutes d’une résidence « à distance » pour enfin prendre la mesure d’une géographie voyageuse.
J’emprunte au monde de l’enfance le tricotin qui me permet de retracer, de manière textile, la promenade d’une amie dans la Montagne de Penha à Guimarães et les itinéraires d’artistes en résidence à Contextile.
Je recherche des bâches sur lesquelles je dessinerai les trajets. Je déniche une tente de coton qui deviendra ma maison nomade. C’est elle qui voyagera à ma place vers le Portugal en apportant un peu de la forêt qui m’entoure. J’aurai aussi le bonheur de travailler sur une toile maintes fois rapiécée par mon père, aux dimensions et à la couleur d’un vaste territoire forestier.
C’est de cette manière que mon projet prendra forme. Tandis que le territoire demeurera toujours plus grand que les trajets parcourus.
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Merci à Angelina, à Magdalena, à Marta, Nuno et Catarina, à Mylène et Kira, à Odile et Denis pour les chemins empruntés.
Merci à toutes celles qui ont partagé leurs tricotins de part et d’autre de l’Atlantique.
Pour les bâches remplies de mémoire, je salue Jacques, Pierre et Louise.
Merci aussi à Dominique Roy (Biennale internationale du lin de Portneuf) et à Cláudia Melo (Contextile) pour leur précieux support.
LAC DES ROCHES HD vidéo 03:19 Vidéo issue du projet de recherche-exploration de Marie-Claude Hains en Chaudière-Appalaches en collaboration avec Michèle Lorrain. Œuvre présentée au 8e Festival international d’art vidéo de Camagüey, Cuba, 22 au 29 avril 2019.
Ritournelles et tralala : le temps passe qui s’amasse, à tort et à travers un objet, un dessin, un portrait, une photo, des images qui s’animent.
https://vimeo.com/363707430 29e édition VFP Vidéos de femmes dans le parc/ Groupe intervention vidéo GIV, Montréal Présentée en ligne en raison de la COVID-19, 23 au 25 septembre 2020
33e édition de Instants vidéo École supérieure d’art d’Aix-en-Provence 2021
Il m’arrive de récupérer des objets parce qu’ils représentent un intérêt particulier au niveau de la forme, de la couleur ou de la matière. Ils forment un inventaire non-hiérarchisé d’éléments d’origines naturelle ou industrielle. Je retrouve dans cette seconde catégorie une qualité intrinsèque liée à l’usage. Mon intention dans ce projet consiste à transformer, au moyen du dessin, de la photographie et de l’image animée, le cours des objets laissés-pour-compte. Je vois dans cette recherche-terrain et ce travail de reconstruction de la forme un passage qui relie ce qui découle du domaine de l’industrie et ce à quoi je m’attache et qui trouve demeure dans l’espace de mon atelier. La présence de l’objet et la vision imaginaire qu’il développe sans jugement cohabitent à travers les aléas du territoire et l’occupation domestique de la résidence.
Ce projet a reçu l’appui du programme de partenariat territorial de la Chaudière-Appalaches et du Conseil des Arts et des lettres du Québec.
Biennale internationale du lin de Portneuf 2017, Passé inaperçu Installation et projection HD vidéo 05:29 en boucle Vieux Presbytère de Deschambault
Crédits photo : Anne Ardouin
J’imagine tous les fils qui nous relient aux autres dans l’écologie du vivre ensemble. Habiter un territoire, le parcourir par des rencontres, des entretiens, écouter, observer, se promener, partager un repas ou cultiver son jardin, voilà autant de fils qui laissent peu de traces mais qui inscrivent profondément chaque individu dans un lieu et un temps donné.
Mon projet s’attèle aux itinéraires de tous les jours, à nos traversées à pied, banales et effectuées par le plus grand nombre, qui trament un chemin domestique dans l’enchevêtrement de nos relations aux êtres et aux choses.
L’œuvre développe une installation in situ composée de quatre membranes de géotextile découpées en forme de façades de maisons sur lesquelles sont esquissées des aires de vie familières. Dans ce projet, j’utilise le géotextile comme support pour enregistrer une graphie des déplacements mise en relief par des fils de lin tressés au tricotin. Vus comme un tout, les géotextiles symbolisent la rue principale d’un village, faisant référence au phénomène de décroissance des régions et au spectre des municipalités dévitalisées qui sédimente le présent de nombreuses communautés.
Une vidéo complète l’installation et traite du retrait progressif de toutes les traces d’une activité perçue dans le champ visuel.
LE SEMOIR Vrille | art actuel, La Pocatière Installation et vidéo HD 02:55 2016
SEMER (l’amour, la culture, la nourriture) est le résultat du hasard et d’un assemblage patenté entre différentes séquences audio-vidéo glanées sur la route ou dans le hamac.
Installation et vidéo Vrille|art actuel, La Pocatière 2015
On peut marcher dans cette maison dans toute sa longueur. Oui. On peut aussi y aller et venir. Et puis il y a le parc. M.D.1993
Y Aller Et Venirest un projet d’installation conçu en atelier et in situ dans l’espace d’exposition de Vrille|art actuel. Le projet reprend des structures déjà réalisées et en ajoute une troisième composée de modules de polystyrène expansé. L’ensemble est monté comme un cadavre exquis en ce qui a trait à la disposition des structures en enfilade et la juxtaposition décalée de formes diversifiées.
Y Aller Et Venir est une exploration de l’habiter qui suggère des manières d’appréhender l’espacepar la distance, l’isolement, le rassemblement, l’écart ou la séparation. L’installation, qui traverse la salle d’exposition dans toute sa longueur, présente des lieux fermés ou ouverts qui génèrent des regards croisés et recomposent les éventualités du quotidien. Elle réfère à l’habitat précaire ou nomade et propose une expérience de la durée, en ambitionnant de prolonger le regard au-delà des repères usuels de la maison pour aborder l’habiter comme une forme d’occupation différenciée du territoire et un instrument d’ouverture sur le monde.
Maquette de la vidéo HD, 01:19:04 La vidéo relate l’occupation d’une mésange dans un nichoir pendant la période de couvée : montage linéaire, plans fixes, angles différents. L’oiseau apparait ou demeure absent pendant des séquences successives qui peuvent varier entre 30 secondes et 17 minutes. https://vimeo.com/106048279
La Citerne, HD vidéo 12:10 en boucle 31 août au 30 septembre 2014 Installation vidéo in situ, présentée dans le caveau historique de Joseph et Wilfrid Goyer, à Laval, Québec Dimensions du caveau : 3,1 m hauteur X 4,6 X 12,2 m En collaboration avec Verticale Projet hors les murs.
21 mars au 31 mars 2015 Rencontres Traverse Vidéo, Toulouse, France. La Citerne était présentée à la Chapelle des Carmélites.
La Citerne relate la disparition d’un objet monumental, une citerne installée dans l’arrière-cour d’une maison de ferme dont la forme rappelle celle d’un bateau suspendu. Au cours d’une quinzaine d’années, j’ai photographié la citerne et documenté la détérioration progressive du site jusqu’à la disparition définitive de tous les bâtiments. J’ai voulu faire remonter la mémoire du lieu et de la citerne. Dès lors, mon projet a consisté à transposer, sous la forme d’une vidéo, cette qualité de présence perçue au moment de ma découverte, en représentant la citerne comme un marqueur symbolique de l’espace et une icône de construction identitaire d’un lieu. J’ai choisi de présenter l’œuvre vidéo à proximité du site d’origine de la citerne dans le caveau historique des frères Goyer – lui-même menacé de disparition.
J’ai grandi à Laval, près du site de la citerne. Peu de gens ont remarqué cet objet monumental parce que c’est davantage en marchant le long de ce tronçon de route achalandée – boulevard Saint-Martin, sans trottoir ni accotement – qu’on peut vraiment l’observer. Il faut aimer arpenter le territoire pour découvrir l’insolite et le merveilleux. La Citerne en forme de bateau suspendu au milieu des arbres m’a rappelé un passage d’André Breton quand il discourt sur la beauté convulsive et se remémore «la photographie d’une locomotive [filant à] grande allure qui eut été abandonnée au délire de la forêt vierge» (L’Amour fou, Folio, 1976, pp 12-13).
J’ai enregistré les commentaires de Joseph et William Goyer lors d’un visionnement de La Citerne présenté dans le caveau bicentenaire construit sur leur propriété à Laval. Je les remercie sincèrement pour leur hospitalité et leur accueil si généreux.
Avec La Citerne, l’artiste fait cohabiter différents registres d’images vidéographiques et de temporalités, juxtaposant instants figés et images en mouvement. Le rendu légèrement atonal de la proposition nous transporte dans un univers évoquant l’effacement des choses sous la répétition du temps et l’interprétation sensible du paysage. Verticale
Textes intégrés à la projection vidéo :
(Car la mesure d’une vie, ce n’est pas une horloge, c’est le contenu de cette vie). Ludwig Hohl, Notes ou de la réconciliation non-prématurée, L’Âge d’Homme, Lausanne,1989, p. 11.
[ ] le présent est indéfini, le futur n’a de réalité qu’en tant qu’espoir présent, le passé n’a de réalité qu’en tant que souvenir présent. Jorge Luis Borges, Fictions, Gallimard, Paris, 1957, p. 45.
Lectures qui ont accompagné la réalisation de La Citerne : Jorge Luis Borges, Fictions, Gallimard, Paris, 1987. Ludwig Hohl, Notes ou de la réconciliation non-prématurée, L’Âge d’Homme, Lausanne, 1989. Jean-Pierre Issenhuth, La géométrie des ombres, Boréal, Montréal, 2012.
Installation permanente réalisée dans une haie brise-vent de la ferme laitière biologique Rivière Ferrée située en Chaudière-Appalaches. Projet complété à l’été 2013.
C’est à la suite d’une conversation avec Christian Joncas, agriculteur biologique qui a implanté plus de 15 kilomètres de haies brise-vent sur ses terres, que peu à peu l’idée des maisons dans les arbres a fait son chemin…
Les haies brise-vent sont ces rangées d’arbres qui protègent les cultures et en améliorent les rendements. Elles offrent également une protection supplémentaire pour les bâtiments et les animaux d’élevage. L’implantation de haies brise-vent a progressivement modifié le paysage de la Ferme Rivière Ferrée qui présentait peu de relief à l’origine. Il ne fait aucun doute que ces haies sont appréciées tant pour leur valeur esthétique que pour les avantages agronomiques qu’elles procurent.
Parmi les arbres implantés depuis 1987, le peuplier hybride est le plus imposant et après 25 ans, on recommande généralement de le récolter. Mais puisque le producteur appréciait cette haie et souhaitait la conserver le plus longtemps possible, l’idée nous est venue d’y intégrer un projet d’art nature qui combinerait sculpture et végétaux. Il s’agissait, ni plus ni moins, de profiter d’un véritable laboratoire vivant dédié à la création et adapté aux spécificités du lieu.
Des maisons dans les arbres s’inspire des cabanes d’enfants, de l’art populaire et de l’architecture vernaculaire. Le projet rassemble 10 petites maisons construites avec des matériaux recyclés et juchées à bonne hauteur sur les peupliers hybrides. Ensemble, elles forment une signalétique étonnante, accessible aux automobilistes et cyclistes qui empruntent le Vieux Fronteau. Pour compléter l’installation, nous avons introduit différents types de plantes grimpantes dans la haie brise-vent qui reverdiront les arbres au fil des ans en les parant de fleurs ou de fruits variés selon les espèces et les saisons.
Galerie des arts visuels, Québec peinture/installation/vidéo 2012
L’exposition regroupe quelques suites picturales dont celle des Miroirs noirs, dont les surfaces picturales sont intégrées aux cadres d’horloges récupérées. Une évocation du temps, de sa fuite, mais aussi celle de la perte et de l’altération du réel. Car de ces fonds très sombres se détachent des silhouettes d’architectures et de personnages dont on ne peut reconnaître les traits. Comme s’il s’agissait de conserver les grandes lignes d’un paysage sans artifices et surgi de l’ombre. Parfois, sur les surfaces vitrées de ces objets quotidiens détournés, apparaît notre propre image qui s’amalgame alors aux récits proposés.
Ailleurs, trois grandes formes circulaires et réfléchissantes, tels de grands disques noirs ou d’un gris anthracite, réfléchissent également notre silhouette. Elles évoquent les surfaces vitrées rencontrées si souvent dans l’espace public de la ville et semblent attirer la rue dans l’espace de la galerie. Puis, pour la toute première fois, l’artiste présente une projection vidéographique qui introduit le mouvement dans cette suite d’impressions visuelles. Partout, Michèle Lorrain souligne la distance qui s’opère de l’objet réel à son image furtive.
Lisanne Nadeau, directrice de la Galerie des arts visuels
Art Souterrain, Montréal peinture/installation 2012
FINFORFOUFOI est constitué de quatre miroirs disposés les uns en face des autres sur les murs en contreplaqué d’une grande boîte. Le visiteur qui s’engage dans cet espace ouvert est confronté à son reflet et aux phonèmes démultipliés par les miroirs convexes. Les usagers des lieux contribuent à l’expérience du visiteur en créant une animation perceptible à travers les trous pratiqués dans les murs de la pièce.
L’œuvre réfère à l’impermanence des choses et à la distance que l’individu entretient à l’égard des autres mais aussi de lui-même. FINFORFOUFOI est une installation qui force l’introspection au sein même de l’espace public.
Projet in situ réalisé dans la municipalité de la Trinité-des-Monts au Bas-Saint-Laurent, 2011. L’intervention au sol s’inspire du travail d’Eadweard Muybridge qui, le premier en 1878, a réussi, à l’aide de 12 appareils photographiques, à décomposer le mouvement d’un cheval au trot sur une piste de course blanchie à la chaux.
À quelle enseigne te blottir ? Centre d’artistes Vaste et Vague, Carleton, 2005 À quelle enseigne te blottir ? Circa, Montréal, 2007 Ma maison, Est-Nord-Est résidence d’artistes, Saint-Jean-Port-Joli, 2008
Ce travail aborde la notion d’espace habitable et se réfère à la fonction première d’habiter un lieu, c’est-à-dire, fondamentalement, façonner un espace de pensée et de protection. La prédisposition générale à occuper un lieu selon la manière consumériste de concevoir l’habitat sans considérer son intégration à l’environnement m’a amenée à concevoir un projet évolutif et modulable selon le lieu où il est présenté.
À quelle enseigne te blottir ? Centre d’artistes Vaste et Vague, Carleton, 2005 L’abri est déposé sur pilotis dans la grande salle de la galerie en bordure de mer.
À quelle enseigne te blottir?, Circa, Montréal, 2007 L’abri est soumis à des contraintes physiques dictées par l’exigüité des lieux.
Ma maison, Est-Nord-Est résidence d’artistes, Saint-Jean-Port-Joli, 2008 Dans cet espace-miroir, l’abri fait écho au paysage.
À quelle enseigne te blottir? Michèle Lorrain Du 5 mai au 2 juin 2007 Circa, centre d’exposition art contemporain
habiter
À deux ans, j’ai construit des châteaux de sable, à vingt, je les ai transportés en Espagne. Dix ans plus tard, j’ai bâti avec mes enfants des écoles et des théâtres, en briques jaunes et bleues. J’ai ensuite imaginé une ville où loger des maisons, celle de Catherine et celle de Jean, comme celles des autres qui, avec les années, sont passés devant chez moi : un maçon, une infirmière, un cuisinier, une avocate. Ils vivaient tout près, sans que je les connaisse. J’habite un lieu dont personne n’a vu le décor. Je resterai toujours une inconnue.
C’est une question d’éternité. Rien ne finit, et je ne finis rien. Le chemin reste ouvert. Chacun découvre son univers. Un univers dont l’enveloppe pourrait être faite de tissu blanc émaillé de pastilles rouges, recouvrant un intérieur à peine visible, puisque nous cachons tous un secret. Blanc iceberg, rouge feu, un mélange imprévu, une rencontre impossible. Un abri fragile, occupant un terrain sans limites, un voile déposé sur une âme nue.
Peut-être aurais-je voulu devenir l’architecte de jardins intimes, et y cultiver le vocabulaire de l’inconscient ? Mais autour, sur les remparts en contreplaqué de palais imaginaires, le roi et sa cour demeureraient inaccessibles. Je dessine des rues sans indiquer la route à suivre. Percer une fenêtre, enlever un toit, sert à afficher les murs. Un jour, j’ai peint des chaises immenses, plutôt confortables j’imagine, où seules des ombres pouvaient s’asseoir. Souhaitant m’expliquer, j’ai aussi accroché dans une pièce carrée quatre miroirs bombés où se conjuguaient votre image et mes mots : for, fin, fou, feu. Une machine à réfléchir qui renvoyait, confondus, votre destin et le mien.
Le terrain où je travaille est vague. Je juxtapose les espaces pour faire un paysage. Parfois, sous mes yeux, le passé, le présent et le futur s’opposent, alors que chacun contient l’autre. Je recouds le temps, pour y inscrire une présence. Je propose des liens, mais je n’impose rien. Il y a parmi nous des gens qui s’acharnent à recueillir des voix afin de parler en notre nom. Cependant, il n’y a aucun élu pour évoquer nos joies ou nos peines. Je ne parle qu’en mon nom, préférant glisser dans des sacs, qui ont jadis transporté des bulletins de vote, mille histoires pleines d’images, de chiffres et de trous. Tout comme ces maisons, soustraites au regard, qui peuplent les villes.
Je ne peux pas tout dire. Mon outil, c’est de la peinture appliquée sur une toile fixée sur du bois. Mon prétexte, c’est d’occuper un cube. Ma fortune, c’est d’être ici, telle que je suis ou telle que vous m’imaginez, de me confier à vous, puis de partir pour ailleurs, peut-être. Ce qui subsistera de notre rencontre appartient au délicat assemblage des matériaux de la mémoire. J’aimerais tout dire, mais je n’en sais pas plus. Et vous ?